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« Je n’ai qu’une seule envie : guérir de la fistule »

« Le jour où l’on me dira que ma fistule est guérie, je revivrais pour la deuxième fois de ma vie. Je n’ai qu’une seule envie reprendre une vie normale en tant que femme». C’est le grand espoir qui anime PS qui souffre en silence depuis des années de la fistule. Elle a bénéficié de l’initiative « panier de la ménagère » soutenue par UNFPA pour renforcer la résilience des femmes vulnérables, dans le contexte de la pandémie COVID 19.

A seulement 33 ans, originaire de Tambacounda dans le Sud Est du Sénégal, PS a vécu 8 ans avec une fistule obstétricale, une lésion grave provoquée par un travail difficile et prolongé lors de l’accouchement. Cette affection l’a isolée de toute activité professionnelle, de toute vie sociale et même de sa famille. Opérée plusieurs fois pendant les camps de réparation des fistules, financés par le Fonds des Nations Unies pour la Population (UNFPA), elle n’est malheureusement pas encore guérie. 

« Ma première opération, après 3 ans avec une fistule obstétricale, fut soldé par un échec. C’était comme si je venais perdre un être cher. », explique PS qui ne désespère pas de retrouver une nouvelle vie.  « Je n’ai qu’une seule envie, guérir, voilà pourquoi je n’arrêterais pas de faire les opérations ». Dans ce parcours du combattant, elle est épaulée par son mari. « Je me bats maintenant pour mon mari. Malgré ses moyens limités, il est présent à mes côtés pour me soutenir ».

Aujourd’hui, PS est en convalescence avec l’espoir de guérir. Grâce à l’accompagnement du Comité de Lutte contre les Violences faites aux Femmes (CLVF), appuyé par l’UNFPA, PS regarde l’avenir avec plus de sérénité. «Vous ne pouvez pas imaginer combien ma guérison de la fistule donnera du sens à ma vie. Je souhaite tout simplement reprendre ma vie d’avant, profiter pleinement de ma famille ». 

Comme PS, elles sont nombreuses à souffrir de la fistule au Sénégal. Bien qu’il n’existe aucune enquête épidémiologique sur la question, la prévalence est estimée à environ 400 nouveaux cas par an. Les régions de Kédougou, Kolda, Tambacounda, Ziguinchor et Matam sont les plus fortement touchées par la fistule qui découle d’une injustice sociale et d’une pauvreté.

« Sur le plan des droits fondamentaux, la persistance de la fistule obstétricale est une tragédie mais l’espoir persiste. La majorité des femmes et des filles atteintes de fistule sont pauvres. Leur incapacité à recevoir un traitement médical rapide les prive non seulement de leur santé et de leur dignité », déplore Pr Serigne Maguèye Guèye, Chef du Service Urologie, de l’hôpital général Idrissa Pouye, qui a toujours été en première ligne en Afrique particulièrement au Sénégal dans la lutte contre la fistule.

Soutien aux femmes victimes de fistules

Avec la survenue de la pandémie Covid19 au Sénégal, le risque d’une augmentation du nombre de fistules obstétricales n’est pas à exclure. En effet, même lorsque les services de santé sexuelle et reproductive sont disponibles et accessibles, la peur, les informations erronées et la stigmatisation liées à la COVID-19 dissuadent certaines femmes enceintes de demander des soins obstétricaux. C’est la raison pour laquelle UNFPA a fait de la continuité des services de santé reproductive, maternelle, néonatale et de l’Adolescent, une priorité.

« Dans ce contexte épidémique, UNFPA s’est résolument engagé à soutenir la continuité des services de santé maternelle et néonatale, planification familiale, santé de la reproduction des adolescents et jeunes. Nous avons ainsi affecté près de 70% du financement aux dix régions médicales d’intervention », rassure la Représentante Résidente de UNFPA, Cécile Compaoré Zoungrana.

Toutefois, la réponse au COVID n’est pas que sanitaire. « Nous devons faire en sorte de protéger les femmes et les filles affectées par la baisse des revenus », plaide la Représentante de l’UNFPA. En effet, bon nombre de femmes porteuses de fistules, pour la plupart laissées à elle-même, ont vu leurs activités ralenties ne pouvant plus par exemple faire leur petit commerce qui leur permettait de subvenir à leurs besoins les plus primaires.

C’est pourquoi, CLVF a reconverti une partie des fonds, alloués par UNFPA sur financement du Canada, dans le cadre de la mise en œuvre du plan de travail annuel de la région médicale de Tambacounda, pour acheter des denrées alimentaires et des kits d’hygiène pour les femmes victimes de fistule. L’objectif est de renforcer la résilience de ces femmes mais aussi de préparer la mise en place d’activités génératrices de revenus en vue de renforcer leur autonomisation.

La célébration de la journée internationale de la fistule obstétricale chaque 23 Mai est l’occasion de renforcer le plaidoyer pour l’engagement de toutes les parties prenantes pour progresser significativement vers l’élimination de la fistule obstétricale. L’édition de cette année est placée sur le thème «  Mettre fin aux inégalités entre les sexes-Mettre fin aux inégalités aux inégalités en matière de santé- Mettre fin à la fistule maintenant ».

Au Sénégal, des avancées ont été notées grâce à la collaboration fructueuse entre le Ministère en charge de la Santé, qui assure le volet traitement, le Ministère en charge de la Femme pour le volet réinsertions sociale, les ONGs pour l’identification et le soutien social des femmes victimes, les partenaires techniques et financiers.